Ce que révèle la sociologie sur un métier complexe, transformé – et encore invisible
Depuis des décennies, les métiers d’assistanat se transforment. La technologie évolue, les organisations se restructurent, les attentes des managers changent. Pourtant, une constante demeure : la réalité de ce travail reste mal vue, mal nommée, et peu reconnue.
C’est ce que confirme la recherche menée par Marie BENEDETTO-MEYER, Enseignante-Chercheuse et Maîtresse de conférences en sociologie à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (Laboratoire Printemps/CNRS), dans le cadre de son étude menée avec le soutien du Lab Innov’Action dans le cadre d’un partenariat avec la FFMAS. Après l’analyse de données statistiques et une série d’entretiens individuels, un atelier collectif a permis d’approfondir les enseignements — et les révélations sont éclairantes.
Un métier aux racines profondément féminines — et aux enjeux de reconnaissance ancien
Pour comprendre le présent, la sociologie remonte aux origines. Dès le début du XIXe siècle, la profession se féminise, d’abord par l’arrivée de femmes éduquées. Mais le métier se retrouve rapidement déclassifié par son industrialisation : les « pools de sténo-dactylo » marquent une époque où l’interchangeabilité prime sur la compétence.
Plus tard, au croisement du secrétaire masculin et de la dactylo, naît l’assistante telle qu’on la connaît aujourd’hui. Mais la reconnaissance ne suit pas. Lors même des grandes refontes des classifications professionnelles, ces métiers « ne savent pas taper du poing sur la table », selon les mots de la chercheuse. Résultat : ils passent vite, mal évalués dans les grilles officielles.
“Dès les années 2000, on passe de la secrétaire dévouée à la professionnelle spécialisée. C’est compliqué de lutter contre les imaginaires collectifs et de faire reconnaître la formation.”
— Marie BENEDETTO-MEYER
Ce contexte historique n’est pas anecdotique. Il explique pourquoi tant d’assistant(e)s ressentent aujourd’hui un écart douloureux entre la réalité de leur expertise et la manière dont leur travail est perçu — y compris par leur propre employeur.
Trois fonctions distinctes dans un seul poste
L’un des apports les plus opérationnels de la recherche est l’identification de trois grandes catégories d’activités, souvent fondues dans un seul intitulé de poste :
| 🟦 Fonction 1 — Assister (soutien direct au manager) – Libérer le manager de la charge opérationnelle – Gestion de l’agenda, des déplacements, des notes de frais – Préparation de dossiers, comptes rendus, mise en forme – Remonter les signaux faibles, donner des avis |
| 🟧 Fonction 2 — Organiser un collectif (compétence systémique) – Cartographier le réseau interne : qui fait quoi, qui peut faire quoi – Gérer l’événementiel, les pannes, les processus transverses – Prendre en charge des sujets QVT, RSE, RGPD, déménagements – Formaliser les savoirs, créer des arborescences, gérer la GED |
| 🟨 Fonction 3 — Gérer et administrer (expertise technique) – Comptabilité, RH, appels d’offres, juridique, formation – Première ou deuxième ligne selon le niveau de spécialisation – Opportunités réelles de carrière ascendante |
Ces trois fonctions coexistent — souvent simultanément — dans un seul poste. C’est précisément ce qui rend le métier si exigeant, et si difficile à évaluer avec des grilles conçues pour des postes mono-fonction.
Les tensions qui traversent le quotidien
Au-delà du contenu des tâches, la recherche fait émerger plusieurs tensions structurantes que les assistant(e)s vivent de façon quasi-universelle :
- Le rejet de la servitude, mais le sens du service — une ligne fine que les managers franchissent souvent sans le savoir
- L’invisibilisation du relationnel et de la confidentialité — des compétences naturalisées, jamais valorisées dans les fiches de poste
- Des feedbacks instantanés mais peu de reconnaissance à long terme
- Mille contacts au quotidien… et un risque réel d’isolement professionnel
- Des carrières ascendantes possibles, mais peu de passerelles balisées
Le numérique et l’IA ajoutent une couche supplémentaire. Les assistant·es sont depuis longtemps à la pointe des outils : en 1991, 77 % étaient déjà équipées ; en 2023, les outils numériques sont utilisés plus de 7 heures par jour par deux tiers d’entre elles. L’IA est déjà là – mais utilisée « en catimini », pour les tâches de rédaction ou de synthèse, sans cadre professionnel reconnu.
Ce que ça change pour les employeurs
Pour les DRH (et/ou responsables formation, DAF…), ces données ont une implication directe : gérer une équipe d’assistant·es comme un poste monolithique, c’est se priver d’une lecture fine de la charge, des compétences, et des besoins de développement.
Trois actions concrètes découlent de ce cadre d’analyse :
- Réévaluer les fiches de poste en distinguant explicitement les trois fonctions – cela change les grilles de classification et les entretiens annuels
- Nommer les compétences invisibles (relationnel, confidentialité, sens organisationnel) pour les valoriser, les recruter, les former
- Accompagner les transitions organisationnelles – comme le passage du modèle « 1 assistant·e = 1 manager » à l’assistanat multi-managers – avec des dispositifs ad hoc, pas des formats génériques
Pas encore adhérent·e ? C’est le moment idéal pour rejoindre la communauté FFMAS et bénéficier de cet événement et de tous les prochains.
Rejoindre le Lab Innov’Action FFMAS
Le réseau des entreprises adhérentes du Lab Innov’Action de la FFMAS contribue à la démarche. Il accède ainsi aux résultats en avant-première et participe aux groupes de travail. À parti des constats qui ressortent des échanges, chaque employeur adhérent peut s’appuyer sur les réflexions collectives et peut bénéficier d’un accompagnement sur-mesure pour transformer ses pratiques.
A propos de cette recherche :
Marie BENEDETTO-MEYER est Enseignante-Chercheuse, Maîtresse de conférences en sociologie à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Ses travaux portent sur les transformations du travail, les métiers supports et les usages professionnels du numérique. Cette étude est menée en partenariat avec le Lab Innov’Action de la FFMAS, dans le cadre d’une recherche sur l’évolution des métiers de l’assistanat en France.
Lire aussi : Métiers de l’assistanat et IA : ce que dit la sociologie – Lab Innov’Action FFMAS
Besoin d’informations complémentaires :
[Contact]
Lien vers l’agenda des événements FFMAS
S’abonner à la Newsletter mensuelle
