Le jour où Sonia a réalisé qu’elle était devenue la hotline humaine de l’entreprise !
En une seule matinée Sonia avait reçu :
- 8 demandes “urgentissimes” qui ne l’étaient pas,
- 5 interruptions pendant la réalisation d’une tâche délicate et stratégique,
- 4 collègues qui ont débarqué sans prévenir pour “juste une petite question”,
- 2 collègues qui lui ont lancé un appel au secours pour les dépanner alors que tout était clairement expliqué dans l’Intranet,
- 1 manager qui a changé les priorités sans explication,
- 0 merci ou des mercis susurrés tellement bas qu’ils ont été escamotés !
À midi, elle n’avait pas avancé d’un millimètre sur ses missions essentielles. Énervée : “Je ne suis plus assistante. Je suis devenue un centre d’urgences improvisé”.
Vous vous êtes reconnu·e ? Alors lisez la suite.
Votre sismographe professionnel : “Notre Cantril à nous” (Cf. précédent billet).
Un sismographe ne prédit pas les tremblements de terre. Il mesure les secousses pour éviter que tout s’effondre. “Notre Cantril à nous”, c’est pareil :
- Quand vous êtes à 7-10, le sol est stable. Vous avancez, vous construisez, vous maîtrisez, vous respirez.
- Quand vous êtes à 4-6, ça tremble. Rien de dramatique, mais il faut attentivement surveiller.
- Quand vous êtes à 0-3, c’est un séisme silencieux et… dangereux ! Vous tenez encore debout mais… les fissures, déjà présentes, risquent de s’élargir et… vous imaginez les effets dévastateurs !
Comme pour un vrai sismographe, ignorer les signaux faibles finit toujours par coûter cher, très cher : fatigue, désenchantement, frustration, perte de sens, tensions avec le manager/l’équipe, erreurs, surcharge… En un mot : effondrement !
“Notre Cantril à nous” n’est ni un barème ni un gadget :
c’est un électrochoc, un révélateur.
C’est l’instrument qui vous dit quand renforcer les fondations.
Imaginez ! Vous arrivez un matin devant la machine à café et… elle vous parle :
- 8/10 “Je suis opérationnelle mais un bon détartrage me ferait plaisir.”
- 10/10 “Je suis une Ferrari, une Rolls, une Aston Martin… Appuie sur le bouton et je vais t’émerveiller avec ton délicieux breuvage préféré.”
Si la machine à café a plus d’énergie que vous… c’est qu’il est peut‑être temps de sortir votre petite échelle !
Construisez votre propre échelle
Comme suggéré dans mon précédent billet, allez encore plus loin ! Posez-vous toutes les questions qui peuvent vous faire avancer et créez votre propre échelle pour chaque thème :
1. Charge de travail
À quel point votre charge de travail est équilibrée et soutenable ?
- 0-2 : “Je suis constamment en surcharge, je n’ai aucune marge de manœuvre, je travaille chaque jour en mode pompier. J’éteins un feu… un autre s’allume… et c’est perpétuel. Je suis moralement épuisé.e.”
- 3-5 : “Il y a des pics ingérables mais aussi des moments plus calmes. Je subis plus que je ne maîtrise.”
- 6-8 : “Je gère bien, j’ai des outils, des priorités claires. Je peux dire les choses et refuser sans culpabiliser.”
- 9-10 : “Je suis dans une circulation transparente et maîtrisée. Efficace et serein.e, j’ai même du temps pour optimiser et innover.”
2. Clarté de votre rôle
À quel point votre rôle est clair, reconnu et compris par votre entourage professionnel ?
- 0-2 : “On me demande tout et n’importe quoi. Je suis un.e “dépanneur.se ambulant.e.”
- 3-5 :“Mon rôle est globalement compris mais je dois très souvent rappeler mes limites.”
- 6-8 : “Les missions sont cadrées, respectées et je peux me concentrer sur ma vraie valeur ajoutée.”
- 9-10 : “Je suis identifié(e) comme un pivot stratégique. On me sollicite seulement pour les bonnes raisons.”
3. Niveau de maîtrise et de compétences
À quel point vous sentez-vous compétent.e, à jour et confiant.e dans vos missions ?
- 0-2 : “Je suis perdu.e, je manque de formations lesquelles me sont toujours refusées. Je fais comme je peux.”
- 3-5 : “Je maîtrise l’essentiel mais je sais que je pourrais faire mieux.”
- 6-8 : “Je suis solide, efficace et je progresse régulièrement.”
- 9-10 : “Je suis expert.e et force de propositions. Toutes mes demandes de formations sont acceptées et je forme même les autres.”
4. Qualité de la collaboration avec l’équipe
À quel point vous sentez-vous intégré(e), respecté(e) et soutenu(e) par l’équipe ?
- 0-2 : “Je suis isolé(e), informé.e de rien, on me contourne. Je dois me battre quotidiennement pour obtenir des infos.”
- 3-5 : “Ça dépend des personnes : certaines jouent le jeu, d’autres non.”
- 6-8 : “Je suis bien intégré(e), on me consulte, on me fait confiance.”
- 9-10 : “Je suis un point d’ancrage. On me sollicite naturellement et je fluidifie tout.”
5. Sentiment d’utilité
À quel point avez-vous le sentiment d’avoir un impact réel dans l’organisation ?
- 0-2 : “J’exécute des tâches mécaniquement, sans sens.”
- 3-5 : “Je contribue, mais je ne vois pas toujours l’impact.”
- 6-8 : “Je sais que mon travail compte et qu’il facilite la vie de beaucoup de gens.”
- 9-10 : “Je suis un pilier. Mon rôle est essentiel et reconnu.”
6. Évolution professionnelle
À quel point vous sentez-vous en progression et en développement ?
- 0-2 : “Je stagne, aucune perspective. Je sature et je m’enfonce.”
- 3-5 : “J’apprends parfois, mais sans vision claire.”
- 6-8 : “Je me forme, j’évolue, j’ai des objectifs.”
- 9-10 : “Je suis dans une dynamique ascendante avec un plan d’évolution concret.”
Le jour où Sonia a repris les commandes
Lasse de ce constat quotidien : “Je vais encore courir toute la journée sans savoir si j’avance vraiment avec l’épouvantable sensation de n’avoir rien fait alors que…”, Sonia a réagi et a évalué sa fonction :
- Ma charge de travail : 4/10,
- La clarté de mon rôle : 2/10,
- Mon niveau de maîtrise et de compétences : 5/10,
- La qualité de la collaboration avec l’équipe : 4/10,
- Mon sentiment d’utilité : 6/10,
- Mon évolution professionnelle : 5/10.
À la lecture de ces chiffres, le déclic s’est fait jour : “Je ne peux plus continuer en mode pilote automatique”. Elle a pris son courage à deux mains, a demandé un point à son manager et lui a montré son “sismographe professionnel”. Pas pour se plaindre mais pour objectiver, pour poser des faits, pour redéfinir les règles du jeu et ouvrir une discussion constructive.
Trois mois plus tard tous les chiffres de son échelle avaient augmenté et la clarté de son rôle était passée de 2 à 7/10 :
- Priorités clarifiées,
- Missions recentrées,
- Interruptions cadrées,
- Une vraie reconnaissance de sa fonction.
Elle s’est dit en souriant : “Notre Cantril à nous, c’est le meilleur entretien annuel que j’ai jamais eu… avec moi‑même ! Je vais continuer à l’utiliser pour progresser”.
Mon conseil : pensez à tenir votre sismographe professionnel à jour. Vos résultats seront bien utiles pour argumenter factuellement lors de vos différents entretiens !
Conclusion : où avez-vous envie de vous situer ?
En effet, votre rôle est essentiel. Vous êtes le cœur opérationnel, la mémoire vive, la colonne vertébrale de l’organisation et du bien-être collectif. Vous méritez une vie professionnelle qui vous porte, qui vous stimule, qui vous enchante, qui vous donne envie d’avancer. Pas une vie qui vous freine. Pire : qui vous tétanise et vous bloque.
“Notre Cantril à nous” ne dit pas où vous devez aller : cette petite échelle vous montre simplement où vous en êtes et… ce que vous ne voulez plus accepter.
- Si vos chiffres sont bas : agissez et agissez maintenant,
- S’il sont moyens : ajustez, questionnez, osez bouger les lignes.
“Je ressens les secousses.
Je mesure.
Je me situe.
Je réfléchis.
J’agis.”
- S’il sont hauts : célébrez et sortez le champagne (pensez à m’inviter !🤣) mais restez bien en mode vigilance !
L’objectif n’est pas d’obtenir un 10 partout. Il est de trouver le niveau qui correspond à vos besoins, à vos ambitions et à votre épanouissement professionnel.
Alors, 8, 9 ou 10 ? Pourquoi pas ! Mais surtout, demandez-vous : “Est-ce que le chiffre obtenu me convient vraiment ?” parce que votre place, votre énergie, votre bien-être et votre bonheur comptent dans votre vie professionnelle. Et si votre échelle vous montre aujourd’hui un chiffre qui ne vous satisfait pas… ne le subissez pas. Faites-en le point de départ d’un changement.
Je vous souhaite une constellation de chiffres réjouissants qui vous rendent fier.ères et, surtout, la lucidité et le courage nécessaires pour faire évoluer ceux qui vous font grimacer. Et si certains de vos résultats sont plus bas que vous ne le désireriez, prenez quelques instants pour méditer ces quatre citations et cet extrait de livre. Ils ne fournissent pas de recette miracle mais… ils pourraient bien s’avérer être d’irrésistibles et stratégiques déclencheurs !
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“Celui qui cherche son bonheur doit arracher de lui-même la flèche de ses lamentations, de ses plaintes, de ses chagrins”.
– Bouddha
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“La persévérance, le secret de tous les triomphes”
– Victor Hugo
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“Le bonheur dépend de nous-mêmes”
– Aristote
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“Le bonheur, c’est savoir ce que l’on veut et le vouloir passionnément”
– Charles Perrault
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“(…) Moi j’ai compris très tôt qu’une vie ça passe en un rien de temps, en regardant les adultes autour de moi, si pressés, si stressés par l’échéance, si avides de maintenant pour ne pas penser à demain… Mais si on redoute le lendemain c’est parce qu’on ne sait pas construire le présent et quand on ne sait pas construire le présent, on se raconte qu’on le pourra demain et c’est fichu parce que demain finit toujours par devenir aujourd’hui vous voyez (…)”
– Muriel Barbery. Extrait de L’élégance du hérisson publié en 2006 chez Gallimard.
Tout commence par quelques chiffres.
Tout le reste dépend de vous.
Tout est dit !
Josette Dubost
Membre fondateur, expert métier FFMAS
[Lire le dernier billet de Josette : Cantril, votre manager et vous…]
