Ce 19 mars 2026 nous avons appris que la France arrivait, sur l’échelle du bonheur mondial, à la 35e place sur 147 pays (2 rangs de moins qu’en 2025). Sous l’égide de l’ONU et publié annuellement par le World Happiness Report il est démontré que la Finlande est indétrônable pour la neuvième année d’affilée. Vous pourrez vérifier ce classement en page 21.
Bien consciente que notre belle France n’est pas un parangon de vertus économiques, financières… et pour bien connaître certains pays qui nous devancent, ce classement m’a pourtant estomaquée. Une preuve toute simple : la venue du Pape Léon XIV en ce mois de septembre. Une ferveur apaisée, une allégresse collective, un pays qui, l’espace d’un instant, a semblé mieux respirer et toucher du doigt un niveau 9 sur l’échelle du bonheur.
Donc… Loin de moi l’idée de me lancer dans une comparaison approfondie doublée de commentaires sarcastiques et forcément inappropriés, ce rapport a déclenché une petite idée dans ma tête : vous proposer d’utiliser l’échelle de Cantril afin d’évaluer la relation professionnelle du “bonheur” entre votre manager et vous !
Quid de l’échelle de Cantril ?
L’échelle de Cantril (aussi appelée Cantril Ladder ou Ladder of Life – Échelle de vie) a été développée en 1965 par le psychologue Hadley Cantril (en photo). Outil simple, universel, puissant et extrêmement influent, il vise à mesurer l’évaluation subjective qu’une personne fait de sa vie. Le World Happiness Report utilise cette échelle.
Il est demandé à la personne d’imaginer une échelle à 11 barreaux, numérotés de 0 à 10 :
- 10 = la meilleure vie qu’elle puisse imaginer.
- 0 = la pire vie qu’elle puisse imaginer.
Puis on lui pose généralement deux questions :
- Où vous situez-vous aujourd’hui sur cette échelle ?
- Où pensez-vous vous situer dans cinq ans ?
L’échelle mesure une forme de bien‑être cognitif, c’est‑à‑dire une évaluation réfléchie de sa vie. Mais attention : elle est différente des émotions (joie, stress, anxiété…), du bien‑être psychologique au sens clinique et de la santé mentale au sens strict. C’est un indicateur de satisfaction globale de vie, utilisé en psychologie, sociologie, économie du bien‑être et santé publique. Retenez bien que ce ne sont pas des seuils cliniques : l’échelle mesure un ressenti, pas un trouble !
Même si elle est très utile, elle présente quelques limites :
- Forte subjectivité : peut être influencée par l’état d’esprit du moment.
- Influence culturelle : certaines cultures valorisent la modestie ou l’optimisme.
- Pas de diagnostic : ne permet pas d’évaluer une pathologie.
- Ne mesure pas les émotions mais seulement une évaluation cognitive.
Bien qu’elle ne soit pas un outil diagnostique elle peut aider à :
- Faire le point sur son bien-être.
- Ouvrir le dialogue.
- Suivre l’évolution de son état subjectif.
- Identifier des besoins d’accompagnement.
Les 11 niveaux de l’échelle de Cantril
L’échelle comporte 11 degrés, numérotés de 0 à 10. Voici une interprétation couramment utilisée pour donner du sens à chaque niveau :
- 10 – La meilleure vie imaginable selon la personne.
- 9 – Très grande satisfaction, sentiment d’épanouissement.
- 8 – Satisfaction élevée, vie perçue comme globalement réussie.
- 7 – Bonne satisfaction de vie, sentiment positif dominant.
- 6 – Légère satisfaction, situation globalement acceptable.
- 6 – Niveau moyen : ni satisfaction ni insatisfaction marquée.
- 4 – Niveau faible, perception négative mais avec quelques aspects supportables.
- 3 – Insatisfaction marquée, difficultés importantes.
- 2 – Très faible satisfaction, sentiment de grande adversité.
- 1 – Vie perçue comme extrêmement difficile, absence d’espoir ou de satisfaction.
- 0 – La pire vie imaginable, situation perçue comme désastreuse.
Revenons à nos moutons de secrétaire / assistant·e / office manager :
Élément central de votre quotidien, souvent sous-estimé mais déterminant pour votre motivation, votre énergie et votre épanouissement, je vous propose d’utiliser l’échelle ci-dessous pour évaluer votre relation professionnelle avec votre manager. Notez que cette échelle est issue de mes petites méninges et ne présente donc aucune réalité scientifique. C’est “Notre Cantril à nous” ! Vous la modifierez à votre guise.
- 10 – Je suis à ma place, mon manager aussi.
- 9 – On forme une équipe de choc.
- 8 – Confiance, respect, fluidité.
- 7 – Ça roule.
- 6 – Ça va, mais peut mieux faire.
- 5 – Beaucoup de couacs. Je fais avec.
- 4 – Ça coince. Je me morfonds.
- 3 – C’est très compliqué. Je subis.
- 2 – Je compte les minutes, les heures, les jours…
- 1 – Je rêve d’un transfert ou d’une téléportation.
- 0 – La pire relation imaginable. Un désastre. Je cauchemarde.
Où vous situez‑vous dans votre relation avec votre manager ?
0 à 3 : “Je subis”
Si vous vous situez dans cette zone, c’est que la relation est vécue comme lourde, tendue, ou dévalorisante. Vous avancez en mode “pilote automatique” avec l’horrible sensation de ne pas, voire jamais, être reconnu.e, entendu.e ou soutenu.e. Ce niveau n’est pas une fatalité, c’est une alerte, un signal fort. Signal qu’il est temps de poser des limites, de demander un échange ou d’envisager un changement plus profond voire radical. Si vous découvrez les décisions après tout le monde, si vous devez réclamer, sans relâche, des informations essentielles, si vous vous sentez invisible alors, je vous en conjure, ne vous laissez pas entraîner dans la spirale dévastatrice de ce malaise professionnel. Vous allez y laisser vos plus belles plumes lesquelles repousseront difficilement et très lentement. Pire… ne repousseront pas !
4 à 6 : “Je fais avec”
Vous tenez la barre mais sans vent favorable voire pas de vent du tout : vous stagnez ! La relation fonctionne mais sans fluidité ni plaisir. Vous effectuez votre travail mais sans réelle dynamique positive. C’est souvent la zone où l’on reste longtemps… par habitude… par loyauté… par peur de déranger… par peur de l’avenir ! Pourtant, c’est aussi celle où un petit ajustement peut tout changer : clarifiez les attentes et ne jouez plus aux devinettes, demandez plus d’autonomie, revoyez l’organisation, exprimez vos réels besoins. Il est grand temps de vous mettre ou vous remettre en mouvement. Un petit pas peut vous faire gagner deux ou trois niveaux.
7 à 8 : “On forme une équipe”
Ici, la relation est constructive, respectueuse, fluide. Vous vous sentez utile, écouté.e, soutenu.e, considéré.e. Vous communiquez bien et travaillez en toute autonomie. Votre manager vous fait confiance et vous pouvez vous appuyer sur elle/lui. C’est la zone du travail bien vécu, du plaisir professionnel, de la collaboration efficace. Si vous êtes ici, prenez un moment pour en prendre conscience et bien l’intégrer. Il ne faut jamais louper les moments de satisfaction ! Au fait… informez votre manager de votre résultat. La joie se partage et les relations positives méritent d’être nommées.
9 à 10 : “Je suis bien ancré·e et à ma place”
Vous êtes aligné.e, reconnu.e, stimulé.e. Votre rôle a du sens et vous êtes toujours impliqué.e dans les dossiers clés et les décisions. Votre manager est un partenaire, un appui, un moteur et votre complémentarité fait merveille. La confiance n’est pas un sujet car elle est permanente. Vous êtes son bras droit, son bras gauche, ses yeux, ses oreilles et sa mémoire. Tout est clair et vous avancez dans la même direction. Si vous obtenez ce résultat c’est que vous êtes dans une dynamique rare et précieuse. Persévérez et continuez à nourrir cette relation, à cultiver cette belle confiance et à oser proposer pour maintenir votre place. Votre collaboration fait des étincelles : c’est l’épanouissement professionnel tant espéré par beaucoup.
Et maintenant ?
“Notre Cantril à nous”n’est pas un outil de mesure et encore moins un jugement : c’est un MIROIR. Un miroir qui peut vous aider à voir où vous en êtes et où vous souhaitez aller.
Prenez vraiment un instant pour clarifier votre relation en vous posant deux questions :
- “Sur une échelle de 0 à 10, où je me situe aujourd’hui dans ma relation avec mon manager ?
- Qu’est‑ce que ce chiffre me dit de ce dont j’ai réellement besoin ?”
Allez plus loin ! Et si vous demandiez à votre manager de remplir cette échelle pour mesurer sa relation avec vous ! Vous pourriez comparer vos résultats et entamer un dialogue sain, loyal et constructif. Bonne idée n’est-ce pas ? “Plus on est heureux et moins on prête attention à son bonheur” Alberto Moravia ! Le bonheur est à protéger : il est hyper précieux.
Pour conclure
Vous l’avez compris : l’objectif de ce billet est de vous aider à bien vous situer, à prendre conscience de vos marges de progression et à ouvrir la porte à des discussions constructives avec votre manager. Dans mon prochain billet je vous fournirai d’autres idées pour… aller encore plus loin. L’avenir est à vous !
J’oubliais :
“La persévérance, le secret de tous les triomphes”
– Victor Hugo
Tout est dit !
Josette Dubost
Membre fondateur, expert métier FFMAS
