Dans le contexte technologique actuel, la régulation de l’information constitue une composante de fluidité et de performance. Par leur positionnement au sein des équipes et pour répondre à leurs besoins, les assistant·es et office managers exercent ce rôle essentiel.
Ce constat est dressé par Marie Benedetto-Meyer, Maîtresse de conférences en sociologie du travail à l’Université de Saint Quentin en Yvelines et chercheure au laboratoire Printemps (« Professions, Institutions, Temporalités »). En orientant ses recherches sur les usages du numérique sous l’angle des professions, elle a ciblé un métier clé en matière de gestion de l’information numérique, mais souvent invisibilisé : celui des assistants-secrétaires. Le partenariat conclu avec l’Observatoire métiers de la FFMAS a en partie alimenté ses démarches.
En mars dernier, Marie Benedetto-Meyer, a présenté ses travaux a l’Observatoire de l’Infobésité et de la Collaboration Numérique (OICN). Ils sont exposés sur leur site internet dans l’article Les assistantes-secrétaires : un métier invisible et pourtant essentiel dans le contexte technologique actuel dont nous vous proposons l’analyse.
Un rôle structurant
Les métiers de l’assistanat et du secrétariat s’inscrivent au cœur même des transformations du travail liées au numérique. Loin d’avoir disparu avec l’arrivée des outils digitaux – comme on l’annonçait déjà dès les années 1970. Il s’est au contraire profondément transformé.
Aujourd’hui, les assistantes :
- absorbent une partie significative des flux informationnels,
- filtrent, priorisent, organisent et redistribuent l’information,
- assurent une continuité et une lisibilité dans un environnement devenu complexe.
Dans un contexte où les organisations font face à une multiplication des outils, des canaux et des sollicitations, elles jouent un rôle essentiel de “tampon” face à l’infobésité.
Une expertise souvent sous-estimée… mais indispensable
Ce rôle de régulation est encore invisibilisé et parfois en premier lieu par elles-mêmes.
Parce qu’il repose sur des compétences souvent considérées comme “naturelles” (organisation, anticipation, relationnel), il est parfois perçu comme allant de soi. Or, il requiert en réalité :
- une forte capacité d’adaptation aux outils numériques,
- une compréhension fine des enjeux organisationnels,
- une agilité permanente face à l’évolution des usages.
Les assistant·es sont fréquemment les premières à :
- tester de nouveaux outils,
- aider les équipes à s’approprier les technologies,
- résoudre des situations complexes du quotidien.
Elles deviennent ainsi, de manière informelle mais très concrète, des référentes du travail numérique.
Entre exposition et régulation de l’infobésité
L’un des apports majeurs de l’article est de souligner cette ambivalence : les assistantes sont à la fois exposées à l’infobésité… et actrices de sa régulation*.
Elles subissent directement la multiplicité des canaux, l’urgence permanente et/ou la fragmentation des tâches.
Mais dans le même temps, leur travail consiste précisément à structurer les flux,à rendre les informations actionnables et/ou à limiter la surcharge pour les autres.
Ce double positionnement confère à leur métier une valeur stratégique croissante dans les organisations.
Au-delà de la technologie : une régulation profondément humaine
L’article pointe également une idée essentielle : la tentation du “tout technologique”. Face à l’infobésité, les organisations comptent souvent sur les outils (et aujourd’hui sur l’intelligence artificielle) pour résoudre les problèmes qu’ils ont eux-mêmes contribué à créer. Mais cette approche montre ses limites.
Car la régulation de l’information n’est pas uniquement une question d’outils. Elle repose avant tout sur des pratiques collectives, des arbitrages et des interactions humaines.
Et c’est précisément là que réside la valeur des assistantes : elles incarnent une régulation humaine, fine et contextualisée que la technologie seule ne peut remplacer.
Une reconnaissance à construire
Enfin, l’article met en lumière un enjeu plus large : celui de la reconnaissance.
Le caractère largement féminisé de la profession (à 96 %) n’est pas neutre. Il contribue à banaliser des activités pourtant essentielles au fonctionnement des organisations, notamment celles liées au “care” professionnel :
- prendre en charge,
- faciliter,
- fluidifier,
- soutenir les autres.
Reconnaître pleinement le rôle des assistantes, c’est donc :
- redonner de la visibilité à ces compétences,
- valoriser leur contribution stratégique,
- intégrer leur rôle dans les démarches de transformation du travail.
Une lecture clé pour la posture des assistant·es
Cet éclairage renforce une conviction forte pour la FFMAS : les assistantes et office managers sont des architectes invisibles de la fluidité du travail.
Cela invite à adopter une posture :
- consciente de sa valeur
- assumée dans son rôle de régulation
- active dans l’amélioration des pratiques numériques
Car derrière chaque organisation plus efficace et plus sereine… il y a très souvent une assistante qui organise, filtre, structure, et, rend tout simplement le travail possible.
Pour les assistant·es et office managers, il s’agit d’une bascule essentielle de notion de tâches vers une vision impactante du métier.
Ce changement de langage favorise un nouveau positionnement et permet de :
- renforcer la légitimité professionnelle
- mieux valoriser le rôle auprès des managers
- affirmer une posture stratégique
- rendre visible l’invisible
Il est résumé dans le tableau ci-dessous.
Compétences des assistant·es et office managers
en régulation de l’information
| ❌ Ne dites plus… | ✅ Dites plutôt… | 🎯 Compétences clés mobilisées | 💥 Impact dans l’organisation |
| Je gère les emails | Je pilote les flux d’information | Analyse, priorisation, tri | Réduction de la surcharge cognitive des équipes |
| Je filtre les sollicitations | J’arbitre les priorités opérationnelles | Prise de décision, discernement | Meilleure allocation du temps des managers |
| Je fais l’agenda | J’optimise le temps stratégique | Anticipation, vision globale | Gain de performance et de disponibilité décisionnelle |
| J’organise des réunions | Je structure la collaboration collective | Coordination, cadrage, efficacité | Réunions plus utiles, réduction de la réunionite |
| Je prends des notes | Je capitalise et sécurise l’information | Synthèse, reformulation | Continuité et fiabilité des échanges |
| Je transmets des infos | Je rends l’information actionnable | Clarification, contextualisation | Meilleure compréhension et exécution rapide |
| Je relance les équipes | Je soutiens l’avancement des projets | Suivi, diplomatie, persévérance | Fluidité et respect des délais |
| Je gère les outils | Je facilite les usages numériques | Acculturation digitale, pédagogie | Adoption plus efficace des outils |
| J’aide sur les outils | Je développe l’autonomie numérique | Formation informelle, support | Réduction des dépendances et gain d’efficacité |
| Je classe des documents | Je structure la mémoire de l’entreprise | Organisation, logique documentaire | Accès rapide à l’information critique |
| Je fais du multitâche | Je gère la complexité opérationnelle | Agilité, gestion des priorités | Résilience face à l’imprévu |
| Je réponds rapidement | Je régule la pression de réactivité | Gestion des délais, arbitrage | Diminution du stress et des urgences inutiles |
| Je suis disponible | Je garantis la continuité de service | Engagement, fiabilité | Sécurisation des activités managériales |
| Je fais le lien | Je connecte les acteurs et les informations | Communication, intelligence relationnelle | Meilleure transversalité |
| Je suis support | Je contribue à la performance collective | Vision systémique | Création de valeur invisible mais essentielle |
En conclusion
Derrière chaque phrase du quotidien se cache une réalité bien plus forte : assistant·es, vous ne “gérez” pas… vous régulez, structurez et sécurisez le travail numérique et les flux d’information. Nous vous invitons à changer votre propre regard sur ce rôle afin d’adopter le positionnement et la communication qui en découle**.
(*) Déjà pointé dans les travaux de l’Observatoire FFMAS par François Granier il y a une dizaine d’années.
(**) Intégrer cette dimension dans vos entretiens professionnels (le guide qui vous prépare).
