Sphinx – Édredon – Recentrage – Disque rayé – Refus – Écho ! On dirait que ces six “créatures” annoncent un film de science-fiction. En réalité, et plus simplement, il s’agit de six techniques pour faire face aux remarques déplacées voire dévastatrices. Arsenal discret mais bien utile !
La calvitie de Jason
Jason est chauve, pas par choix tel le regretté Yul Brynner (en photo) mais par hérédité. Il vit avec sa calvitie tant bien que mal et personne au bureau ne commente ce petit côté Jason Statham pourtant séduisant. Personne… sauf Vimac ! Chevelure abondante digne d’une pub pour shampoing et physique avantageux qui ferait pâlir Narcisse lui-même, Vimac c’est le collègue issu d’une autre région que Jason voit très rarement.
Vindicatif, Irrespectueux, Mordant, Abusif et doté d’une Confiance en lui qui déstabiliserait tous les psys de la terre Il se délecte dans la distribution de conseils non sollicités et de petites phrases assassines : “Tu devrais faire du sport pour te muscler”. “Maigris. Ton polo te boudine”. “Tu sais qu’il existe des crèmes anti-rides !”... Son hubris est sur le point d’exploser.
Ce matin-là, en pleine réunion de département, il débarque triomphant comme à son habitude, s’arrête brusquement devant Jason, et lâche tonitruant : “Mince alors ! Tu as déjà pensé aux implants de cheveux Jason ? Tu rajeunirais de 10 ans !”. Voilà ! La pique est lancée, la vacherie sextuple XL qui cloue sur place et déstabilise. Le cerveau s’emballe… 4 réponses fusent… toutes mauvaises !
- Comment conserver son calme ?
- Comment ne pas exploser ?
- Comment ne pas envoyer Vimac se faire voir ailleurs ?
- Comment réagir ?
- Comment garder sa dignité ?
- Comment rester très pro et même un peu brillant pour sortir grandi de cette humiliation ?
C’est en feuilletant le remarquable livre blanc de Noëlle Herbillon, “Assistantes : Osez la mission Handicap !” – bientôt disponible – que l’idée m’est venue. Dans vos métiers de secrétaire/assistant·e/office manager, vous êtes souvent en première ligne, vous jonglez avec les urgences, les personnalités… et, parfois, vous entendez des réflexions blessantes qui vous laissent sans voix et vous perforent le cœur. Savoir faire face et gérer ces remarques sont des compétences aussi essentielles que la maîtrise d’un agenda surchargé.
Vous savez que vos journées ne sont pas faites que de réunions à optimiser et de dossiers à fluidifier. Elles sont aussi faites de remarques cinglantes, de petites phrases qui claquent, d’insinuations déstabilisantes, de soupirs et de regards qui en disent long, de “blagues” qui n’en sont pas vraiment.
Vous êtes souvent en première ligne, exposé·e aux petites piques qui tombent comme des confettis… mais sans la fête qui va avec, aux remarques abruptes et aux soupirs théâtraux de vos toxiques Vimac locaux. Dans ces moments-là, votre cœur se serre voire se broie pour les plus sensibles. Ce n’est pas une blessure profonde, non, juste une micro-agression qui cherche à vous faire réagir et à vous faire sortir de votre légendaire équanimité.
On attend de vous une posture irréprochable, calme, diplomate, efficace et capable d’encaisser sans broncher. Mais… encaisser sans broncher n’est pas une compétence ! En revanche, répondre avec subtilité et finesse fait partie intégrante du savoir-être intimement lié à votre fonction.
6 techniques pour piquer… sans piquer
Grâce à ces six techniques de communication professionnelle voici donc l’art délicat de piquer… sans piquer ! Elles vont vous permettre de répondre sans vous abaisser, de recadrer sans agresser, de poser des limites sans perdre votre élégance et de garder la maîtrise même quand l’autre perd la sienne.
1 – Technique du sphinx : l’impassibilité stratégique
L’art de ne rien donner à mordre et de rester souverain·e dans la tempête et puis… Quand on n’a rien à dire… Vous connaissez la suite et c’est souvent la meilleure réponse !
Le Sphinx, c’est la version professionnelle du “mode avion”, c’est, volontairement, l’art de ne rien dire et ne pas réagir ! On coupe tout, on observe, on laisse l’autre s’empêtrer dans son propre commentaire. C’est la maîtrise absolue, l’art de n’offrir aucune prise à l’autre. Le sphinx n’émet aucun son, ne bouge pas, son faciès reste impassible donc impénétrable. Quand la remarque piquante arrive vous n’êtes ni visé·e, ni concerné·e, ni atteint·e. Vous vous transformez en “mur d’air” : impossible à heurter, impossible à ébranler. Vous ne réagissez ni émotionnellement ni défensivement. Vous restez neutre, calme, posé·e, imperturbable et la remarque désobligeante glisse sur vous comme l’eau sur les plumes d’un majestueux cygne. Pas besoin de sortir l’artillerie lourde : votre silence suffit à faire comprendre que la remarque était aussi pertinente que l’utilisation d’une crème solaire dans une tempête de neige. Face à une remarque blessante, inutile ou intrusive, garder le silence crée un espace vide que l’autre doit combler. Ce silence n’est pas une fuite : c’est un choix stratégique. Il renvoie la responsabilité de la phrase à son auteur, sans que vous n’ayez à vous justifier, vous excuser ou vous énerver. Le Sphinx observe, respire, laisse passer la vague. Et souvent, l’autre se rend compte de lui-même de l’incongruité de sa remarque.
- Vimac : “Tu devrais sourire, cela détendrait l’atmosphère !”
- Vous : aucune réaction. Vous le regardez simplement, posément.
- Vimac : “Ben souris !”
- Vous : vous ne bougez pas. Votre visage reste impavide et vous continuez à le regarder.
- Vimac : “Bon… Je disais ça… Laisse tomber !”
Pourquoi ça marche ?
- Vous refusez l’invitation au duel émotionnel.
- Vous laissez passer l’onde de choc sans la renvoyer.
- Vous laissez la pique mourir d’elle-même.
- Vous renvoyez l’autre à son propre malaise lequel/laquelle se retrouve isolé.e face à sa bourde.
- Vous montrez que vous refusez d’entrer dans son jeu.
- Vous restez professionnel.le quoi qu’il/elle dise et quoi qu’il/elle fasse.
- Par votre passivité vous ramenez obligatoirement l’autre au factuel.
- Protège votre énergie et votre dignité.
- Fonctionne même quand vous êtes pris.e de court.
- Aucune prise de déstabilisation donc aucun risque de dérapage verbal et aucune escalade possible.
- Sans émotion, ni justification, ni réaction impulsive, ni crispation vous incarnez le professionnalisme, la neutralité, la stabilité, le calme et… un petit côté classieux mystérieux.
- Très utile face à des accusations vagues, des agressions verbales ou des demandes floues sans aucun sens.
Le sphinx n’est pas passif : il est inaccessible et c’est précisément ce qui désarme.
2 – Technique de l’édredon : envelopper pour désamorcer
L’art d’étouffer l’agressivité sous une douceur imparable. Quand la bêtise est amortie elle rebondit moins fort !
L’édredon c’est la douceur ferme, la technique douillette qui paralyse l’agressivité. Vous “amortissez” la remarque en reconnaissant ce que l’autre dit… sans jamais entrer dans son jeu. Vous ne validez pas, vous ne contredisez pas : vous neutralisez. La remarque est enveloppée dans un coussin moelleux de calme, de compréhension, de bienveillance… qui la rend inoffensive. Elle perd instantanément sa charge agressive et son pouvoir blessant. Vous répondez avec une douceur tellement déconcertante que l’autre perd instantanément son élan. Vous enclenchez votre incontournable bouton secret “paix” : vous désamorcez, vous apaisez et reprenez la main. C’est l’équivalent verbal d’un airbag antichocs.
- Vimac : “Tu aurais dû anticiper sur le dossier XYZ. Quel temps perdu !”
- Vous : “C’est vrai que l’anticipation est utile. Voyons ensemble comment optimiser ça pour la prochaine fois.”
- Vimac : “Ah ! Bon… Je vais réfléchir et on en reparle.” Vimac n’en reparlera jamais car… vous aviez déjà anticipé et… il le sait !
Pourquoi ça marche ?
- Vous accueilliez la phrase sans la prendre pour vous.
- Vous ne vous laissez pas entraîner dans la brusquerie de l’autre.
- Vous répondez avec une voix calme, presque chaleureuse.
- Vous montrez que vous ne vous sentez pas attaqué.e même si l’autre attaque.
- Vous n’êtes pas dans l’adversité mais dans le partenariat.
- Vous refusez le conflit sans vous écraser tout en conservant le contrôle.
- Vous ramenez la conversation dans un espace de coopération.
- Vous montrez que vous êtes orienté.e solution.
- Vous transformez l’attaque en collaboration.
- Vous neutralisez sans jamais vous renier.
- Vous transformez l’énergie agressive en énergie constructive.
- Vous gardez la main sans vous crisper.
- Vous ne rendez pas coup pour coup : vous changez simplement la météo !
- L’autre perd son plaisir de provoquer,
- Très utile pour désamorcer une tension ou refuser une demande tout en restant bienveillant.e.
- Permet de rester professionnel.le sans se laisser marcher dessus.
- Désamorce les personnalités agressives et/ou provocatrices.
L’édredon, c’est la stratégie de la chaleur, la douceur qui dompte sans jamais se soumettre. C’est la paix qui gagne.
3 – Technique du recentrage : toujours revenir à l’objectif
L’art de ramener la conversation là où elle doit être et d’en reprendre la direction. Quand l’autre dévie vous ramenez le train sur les rails.
Le recentrage, c’est le GPS, la boussole de la conversation : toujours tournée vers l’objectif. Le recentrage consiste à ignorer la remarque déplacée et à ramener immédiatement la discussion sur l’objectif professionnel, votre réalité et vos limites. Quand l’autre part dans l’émotion, la critique, la généralisation ou la mauvaise foi, vous ramenez systématiquement la conversation au factuel, au concret, à la solution, au résultat. C’est une manière élégante de dire : “Je ne rentre pas dans ton jeu, revenons à ce qui compte”. Cette technique est particulièrement utile quand la réflexion est hors sujet, déplacée ou vise à vous affaiblir. C’est l’art de faire comme si cette pique déplacée n’avait jamais existé. C’est efficace et ça coupe court aux tentatives de déstabilisation, de manipulation et/ou de culpabilisation. Vous ne tombez pas dans le grossier piège tendu même si vous vous sentez blessé·e.
- Vimac : “Tu devrais changer de lunettes. Elles te vieillissent.”
- Vous : “Nous en étions au planning du séminaire. Peux-tu confirmer ta disponibilité jeudi ?”
- Vimac : “Oui, oui. Mais pour tes lunettes tu devrais vraiment envisager autre chose.”
- Vous : “Je note donc ta disponibilité jeudi pour le séminaire.”
- Vimac : “C’est ok pour jeudi mais on ne peut vraiment plus rien te dire.”
- Vous : “Ta disponibilité est enregistrée. Bonne fin de journée et à jeudi.”
- Vimac : que peut-il ajouter sinon quelques interjections et borborygmes de son cru ?
Autre exemple plus agressif
Vimac, sans raison apparente, vous lance : “Franchement, tu ne fais jamais les choses correctement ! C’est toujours à moi de tout vérifier. Tu es vraiment incompétent·e !”
Vous : “Je vois que tu es frustré et je comprends que ça puisse être énervant quand les choses ne se passent pas comme prévu.”
Avec cette phrase vous reconnaissez l’émotion mais n’accordez aucune importance à l’accusation. Pour recentrer sur les faits et les solutions vous ajoutez : “Pour qu’on avance, peux-tu me préciser exactement ce qui ne va pas dans le dossier que j’ai préparé ? Comme ça, je pourrai corriger ou clarifier les points qui posent un problème.”
Si Vimac continue sur le même ton : “Je comprends que tu sois en colère, mais je ne peux pas accepter ce genre de remarque. Si tu veux qu’on travaille efficacement ensemble, parlons des points précis à améliorer.”
Pourquoi ça marche ?
- Vous reconnaissez l’émotion sans valider l’accusation.
- Vous évitez de donner de l’importance à la remarque.
- Vous reprenez la direction de l’échange.
- Vous refusez la dévalorisation.
- Vous protégez votre intégrité.
- Vous ne vous laissez pas distraire par l’agressivité.
- Vous ignorez la pique pour ne garder que le réel besoin.
- Vous êtes ici pour avancer, pas pour vous défendre.
- Vous refusez les détours émotionnels.
- Vous gardez le contrôle et reprenez la main sur le fil de la conversation donc le cap.
- Vous revenez au concret, encore et encore.
- Vous ne vous laissez pas entraîner dans le hors-sujet émotionnel et vous ramenez systématiquement l’autre sur le terrain professionnel.
- Vous montrez un professionnalisme assertif à toute épreuve, sans agressivité ni passivité.
- Vous transformez une attaque en opportunité de résolution de problème.
- Cette technique maintient le cadre professionnel de votre réalité et de vos limites.
- Très utile en réunion ou en public face à des digressions, des manipulations ou des tentatives de culpabilisation.
Le recentrage, c’est la maturité relationnelle en action.
4 – Technique du refus : dire “non”sans s’excuser d’exister
L’art de dire “non” sans provoquer. Dire “non” c’est aussi prendre soin de soi.
Le refus, c’est l’assertivité pure. Dire “Non” est un acte professionnel, pas une agression. Le refus, c’est la capacité de prononcer ce petit mot sans trembler et de poser une limite claire, nette, assumée, polie et professionnelle. S’il ne tremble pas, il ne claque pas non plus. Pas besoin de vous lancer dans un roman : un mot, une phrase courte suffisent. Un “non” clair, posé, calme, sans justification interminable est la technique qui rappelle que vous êtes professionnel.le, pas corvéable. Ce n’est ni agressif ni impoli : c’est une affirmation de soi. Le refus est particulièrement utile quand la remarque implique une demande abusive, une agressivité inacceptable, une intrusion ou une tentative de vous imposer quelque chose qui dépasse le cadre de vos responsabilités et/ou de vos compétences. Grâce à votre élégance, votre fermeté et vos explications vous tenez bon face à l’insistance de l’autre et, ainsi, vous ne passez pas la porte du conflit.
- Vimac : “Peux-tu réaliser une synthèse de ces données pour moi ?”
- Vous : “Non. Ce n’est pas dans mes attributions et sort de mes compétences.”
- Vimac : “Finalement tu ne sers à rien.”
- Vous : “Cette synthèse requiert des compétences techniques que je ne possède pas.”
- Vimac : “Ouais… Mais tu pourrais quand même faire un effort.”
- Vous : “Je te suggère de t’adresser à Maurine. Elle maîtrise cette technicité à fond.”
- Notez que si l’agressivité ne permet plus de continuer l’échange, mettez-y un terme en disant “Je te propose de reprendre quand les conditions de dialogue seront à nouveau réunies”.
Pourquoi ça marche ?
- Vous reconnaissez le besoin de l’autre.
- Vous posez votre cadre.
- Vous l’assumez sans vous excuser.
- Vous restez fiable et solide.
- Vous connaissez vos limites et vous les posez clairement.
- Vous ne vous laissez pas manipuler par l’insistance.
- Vous ne vous crispez pas, ne vous raidissez pas.
- Vous restez droit.e, calme, solide et aligné.e.
- Vous ne vous justifiez pas à outrance.
- Vous proposez une alternative réaliste et ne tombez pas dans le piège de la compromission.
- Vous renforcez l’estime de vous.
- Vous gagnez en respect.
- Piège rhétorique pour l’agresseur et évite les dérives.
- Très utile face à une demande abusive, une agressivité inacceptable ou une tâche qui dépasse le cadre de votre fonction.
Le refus, c’est la colonne vertébrale de la communication et l’incarnation de la dignité professionnelle.
5 – Technique du disque rayé : répéter, rabâcher et ne rien lâcher
L’art de tenir sa ligne sans s’épuiser et sans s’énerver. Quand l’autre insiste, vous persistez… vous l’usez… et il se tait !
Le disque rayé, c’est la fermeté tranquille. Nommé aussi la technique de l’usure, cette technique consiste à répéter calmement, inlassablement et sans vous énerver, sans varier, sans vous agacer, sans vous justifier… la même phrase clé jusqu’à ce que l’autre comprenne que vous ne dévierez pas et resterez ferme sur vos positions.. C’est une technique d’assertivité très efficace face à quelqu’un qui insiste, qui cherche à vous faire changer d’avis, qui ne respecte pas les limites ou qui tente de vous déstabiliser par la manipulation. La calme répétition montre que vous êtes solide, clair.e et non influençable. Le disque rayé, c’est la technique préférée des secrétaires, assistant·es, office managers qui ont déjà survécu à trois réorganisations, deux déménagements et un manager qui change d’avis toutes les 12 minutes. Vous répétez votre phrase, encore et encore, jusqu’à ce que l’autre comprenne que non, vraiment non, ce n’est pas négociable. Vous devenez un point fixe et l’autre finit par comprendre qu’insister ne sert à rien.
- Vimac : “Peux-tu réserver un billet d’avion pour moi ?”
- Vous : “Cela aurait été avec plaisir mais depuis la semaine dernière il y a un service dédié et chacun doit réserver ses billets. Voici les coordonnées.”
- Vimac : “Allez, sois sympa. Tu en as pour 2 minutes et tu fais ça mieux que moi.”
- Vous : “Je comprends mais il y a un service dédié et voici les coordonnées.”
- Vimac : “C’est dingue ! On ne peut plus rien te demander !”
- Vous : “ Tu peux me demander tout ce qui entre dans mes missions mais pour ton billet il y a un service dédié et voici les coordonnées.”
- Vimac : “Ouais… Ok… Je vais le contacter… mais quand même !”
Pourquoi ça marche ?
- Vous renforcez votre position sans agressivité,
- Vous protégez les intérêts de votre organisation,
- Vous restez calme.
- Vous êtes cohérent.e et fiable.
- Vous ne vous laissez pas manipuler.
- Vous ne vous laissez pas embarquer dans la négociation émotionnelle.
- Vous ne vous laissez pas influencer par la pression.
- Vous ne vous sentez pas obligé.e d’expliquer davantage.
- Vous ne changez pas de position pour faire plaisir.
- Vous restez égal.e à vous-même, stable et poli.e,
- Vous montrez votre solidité et, comme un diamant, votre robustesse !
- Pose des limites claires et nettes donc très efficace avec les personnalités insistantes qui ne respecte pas vos limites ou qui tente de vous faire changer d’avis,
- Évite les débats stériles.
Le disque rayé, c’est la fermeté sans agressivité, la force tranquille qui ne cède pas.
6 – Technique de l’écho : l’accord total. Renvoyer la balle avec élégance
L’art de renvoyer la phrase à son auteur pour qu’il s’entende. Vous acceptez. L’autre n’a pas le choix : il lâche prise.
L’écho c’est la technique la plus subtile et la plus intéressante car… vous êtes d’accord avec l’autre ! Votre objectif : accepter une partie de la critique même si vous la nuancez voire l’exagérez. Cette technique vous permet d’utiliser la force de l’adversaire contre lui. Elle consiste à reformuler la remarque piquante pour montrer que vous l’avez bien entendue et vous la renvoyez à son auteur sans ironie et sans agressivité. Souvent, la personne se rend compte d’elle-même de l’exagération. Une attaque verbale cherche le répondant, la résistance et, si vous l’acceptez, l’attaque n’a plus de raison d’exister, s’épuise et disparaît. L’accord total crée un vide d’opposition : l’agresseur est désarmé, n’a plus de munition, ne peut plus se battre pour prouver son point de vue puisque vous venez de le valider. L’attaque devient un simple constat et perd immédiatement son pouvoir émotionnel. Mais attention : utilisez bien des phrases qui reconnaissent l’observation sans accepter le jugement négatif.
- Vimac : “Tes incessants retards deviennent insupportables pour tout le monde.”
- Vous : “Tu as raison : la ponctualité ne fait pas partie de mes atouts. Si tu as des idées pour m’améliorer je suis preneuse. Cela dit note que la qualité de mon travail est irréprochable et je suis toujours dans les délais. D’ailleurs voici le dossier que tu m’as demandé.”
- Vimac : “Heu… Bon… Je vais réfléchir pour te donner quelques pistes.”
- Vous : s’il vous les dispense (ce dont je doute !) vous écouterez ses conseils avec attention et… “bonheur” !
Pourquoi ça marche ?
- Montre votre inébranlable confiance en vous. Vous vous connaissez bien.
- Vous avez bien identifié vos faiblesses et reconnaissez publiquement ce que vous devez améliorer.
- Vous êtes d’accord avec le fait mais restez maître·sse de votre propre jugement.
- Vous forcez l’autre à s’entendre.
- Vous créez un espace de prise de conscience.
- Vous désamorcez la pique.
- Vous faites réfléchir votre interlocuteur sans l’attaquer.
- Vous ne répondez pas sur la forme mais sur le fond.
- Vous mettez un miroir devant l’autre.
- Vous lui permettez de mesurer l’impact de ses mots.
- Vous lui laissez la responsabilité de sa phrase.
- Vous ne corrigez pas, vous ne vous excusez pas, vous ne vous défendez pas : vous renvoyez.
- Signe de votre grande maturité :vous abordez votre défaut en pleine conscience.
- Met immédiatement fin à l’hostilité.
- Recentre le dialogue vers une relation constructive.
- Transforme l’attaque en un feed-back positif.
L’écho, c’est l’acceptation sans confrontation, le miroir poli mais implacable.
Conclusion : la puissance tranquille, c’est vous
Dans un monde où tout s’accélère, où les tensions montent vite, où les remarques piquantes fusent, vous pourriez croire que la seule manière de vous protéger est de vous durcir. Que nenni ! Votre force n’est pas dans la rigidité, elle est dans votre maîtrise.
Ces techniques ne sont pas des armes. Ce sont des protections, des outils élégants, des paroles et comportements qui vous permettent de conserver votre calme, de protéger votre espace, de recadrer avec classe et de garder le contrôle, même quand l’autre vous foudroie. Elles sont particulièrement utiles dans vos métiers où vous devez être diplomate, cohérent.e et… un peu magicien.ne !
Chaque fois que vous choisissez :
- le sphinx plutôt que la réaction impulsive,
- l’édredon plutôt que l’escalade,
- le refus plutôt que la soumission,
- le recentrage plutôt que la dispersion,
- le disque rayé plutôt que l’épuisement,
- l’écho plutôt que la contre-attaque,
vous faites beaucoup plus que répondre : vous vous affirmez et démontrez votre professionnalisme.
Une personne toxique ne prend que l’autorité que vous lui laissez et vous n’êtes pas défini·e par ses remarques, mais par la manière dont vous choisissez d’y répondre. Vous n’êtes pas fragile : vous êtes solide, stable, aligné·e. Vous ne subissez pas : vous tenez fermement votre espace. Elles préservent votre bien-être et votre professionnalisme.
L’assertivité, ce n’est pas “rentrer dedans”, ni “se laisser faire”. C’est se respecter soi-même tout en respectant l’autre et, bonne nouvelle, plus vous utiliserez ces techniques, plus elles deviendront naturelles. Et, surtout, vous montrerez que la véritable élégance professionnelle n’est pas dans le silence, ni dans la riposte, mais dans la maîtrise de soi. À vous voir et/ou vous entendre Vimac pourrait même réfléchir avant d’ouvrir la bouche ! Je sais… On peut rêver !
Retenez : si certaines remarques piquent vous ne “saignez” pas grâce à ces techniques. Vous transformez, canalisez, recadrez, inspirez. Parce que la puissance tranquille, ce n’est ni un style ni un don. C’est une posture, un choix, une signature : les vôtres.
Petits conseils pour faire face rapidement
- Restez calme avant de répondre. Respirez, même une seconde.
- Ne réagissez pas immédiatement. Prenez ce temps de respiration pour vite réfléchir et choisir la technique appropriée.
- Vous connaissez les situations où vous avez été déstabilisé·e alors… notez-les.
- Notez également les situations vécues par des collègues, des managers… Elle pourraient vous être bien utiles.
- Rédigez des phrases types avec vos mots et apprenez-les par cœur. Elles ressortiront mécaniquement au bon moment. Pensez également aux silences, aux intonations, au paralangage adéquat…
- Adaptez : personnalisez les exemples en fonction de votre style et de votre environnement professionnel.
- Soyez concis·e : évitez les justifications trop longues qui peuvent affaiblir votre message.
- Pratiquez : Préparez-vous donc… entraînez-vous… entraînez-vous et… entraînez-vous à formuler vos phrases à l’oral pour vous sentir plus à l’aise le moment venu.
Résumé visuel optimisé
| Techniques | Atouts | Phrases types |
| Sphinx | Silence, neutralité, impassibilité | “…” (silence + regard neutre) |
| Édredon | Douceur, apaisement | “Je comprends. Voyons comment avancer.” |
| Recentrage | Objectif, cap | “Revenons à notre sujet :…” |
| Refus | Limite, cadre | “Non. Ce n’est pas dans mon périmètre.” |
| Disque rayé | Constance, fermeté | “Je t’entends et comme je te le disais :…” |
| Écho | Miroir, prise de conscience | “Tu as raison sur ce point. Et voici ce que je propose…” |
Les 2 citations ci-dessous devraient vous inspirer.
“Une des clés du succès est la confiance en soi. Une des clés de la confiance en soi est la préparation”.
– Arthur Ashe, joueur de tennis américain (1943-1993), vainqueur de 3 tournois du Grand Chelem
“Si vous voulez être respecté, commencez par être respectable et, en outre, assez costaud pour imposer le respect.”
– William Somerset Maugham, romancier britannique aussi connu pour avoir travaillé pour le Secret Intelligence Service durant la Première Guerre (1874-1965)
Tout est dit !
Josette Dubost
Membre fondateur, expert métier FFMAS
PS : au fait messieurs, et si vous êtes concernés bien entendu, comment auriez-vous réagi à la remarque inconvenante de Vimac ?
[Lire le dernier billet de Josette]
NDLR : entraînez-vous sur ce modèle. Ce n’est pas grave si vous ne parvenez pas à formuler votre réponse les premières fois. Le simple fait de se dire « j’aurais dû répondre ça ! » est un premier pas. En attendant vos progrès de répartie, la technique du sphinx, les yeux dans les yeux de votre interlocuteur·ice reste redoutablement efficace. À vous de jouer votre partition !
