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Le billet de Josette | J’ai eu tort – tu as raison

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Journée funeste pour beaucoup de Français ce 19 juin 1986 : Coluche* est mort ! 40 ans déjà qu’il est parti et pourtant, son charisme, sa générosité et son esprit incisif sont toujours bien présents.

Détesté et décrié par certains ; adulé et encensé par d’autres, il ne laissait personne indifférent. Me lancer dans un panégyrique serait donc inutile en revanche le citer prend tout son sens pour introduire mon billet :

“Parfois un simple ‘J’ai eu tort’ ou ‘Je suis désolé’ peut résoudre bien des choses”
Coluche

J’ignore totalement s’il a réellement prononcé cette phrase mais je reconnais qu’elle est porteuse d’attention à l’autre, à la reconnaissance de son avis et de ses paroles.

On parle souvent du courage qu’il faut pour dire “J’ai eu tort”. Dans vos métiers, secrétaires, assistantes, office managers, il existe une autre phrase, encore plus puissante, mais beaucoup moins reconnue : Tu as raison”.

  • Trois mots simples.
  • Trois mots discrets.
  • Trois mots qui, dans un environnement corporate, peuvent transformer une journée, une réunion, une relation de travail…
  • Trois mots positifs qui résonnent fortement pour le récepteur.
  • Trois mots qui ne mettent pas l’émetteur en situation de faiblesse.
  • Trois mots qui ne sont pas célébrés dans les séminaires de management et pourtant ! Ce sont eux qui, chaque jour, permettent à des équipes entières de fonctionner !

Pourquoi ces 3 mots sont-ils si puissants ?

Parce que la plupart des conflits ne naissent pas d’un désaccord réel, mais d’un sentiment de non‑reconnaissance. Dire Tu as raison”, c’est offrir cette reconnaissance sans se renier. C’est un choix conscient, un sens aigu de la dynamique humaine, une parole professionnelle, mature et stratégique et, j’ose l’écrire, une réelle compétence.

Véritable levier relationnel c’est une manière élégante de désamorcer, de fluidifier, de stabiliser, d’apaiser, d’avancer, de remettre de l’huile dans les rouages sans perdre une once de crédibilité et d’éviter qu’une situation tendue devienne conflictuelle voire se termine en pugilat.

Quotidiennement vous naviguez entre urgences, susceptibilités, égos en orbite, injonctions contradictoires et murs de l’orgueil : ce petit levier est un discret super-pouvoir. Vous ne vous effacez pas, vous choisissez

  • la fluidité plutôt que la friction,
  • la solution plutôt que le bras de fer et
  • l’efficacité plutôt qu’une posture inadéquate.

Parce qu’au fond, qu’est-ce que cela change de reconnaître à l’autre qu’il a raison… quand il a effectivement raison ou pense avoir raison ? Rien sur le fond – Tout sur la forme ! Et c’est exactement ce que Coluche pointait, à sa manière : parfois, ce n’est pas l’argument qui compte, mais la connexion humaine qui

  • apaise immédiatement la tension,
  • valorise l’interlocuteur lequel se sent entendu,
  • ouvre la porte à une discussion constructive,
  • et surtout, évite l’escalade inutile donc perte de temps, d’énergie et parfois de crédibilité.

Situations vécues par trois stagiaires

1. Garder son calme… et celui des autres ! Un assistant de direction raconte

Mon manager arrive, stressé, persuadé que la salle n’a pas été réservée pour la réunion avec le client et me dit : “On n’a pas la salle, c’est la cata.” Je savais que tout était en ordre mais j’ai simplement répondu : “Tu as raison, on vérifie ensemble”. Trente secondes plus tard, il se rend compte que la confirmation était dans sa collection de mails. Il me regarde et dit : “Merci d’avoir gardé ton calme”. Ce qu’il n’a pas vu, c’est que j’avais surtout gardé le sien ! 

2. L’art de désamorcer sans s’effacer. Une office manager d’un grand groupe partage :  

Un chef de projet débarque furieux : “Le client n’a jamais reçu le contrat, c’est un scandale”. Je savais que le document était parti la veille. J’aurais pu répondre sèchement mais j’ai dit : “Tu as raison, on regarde ça ensemble”. On ouvre sa boîte mail… et le client avait répondu 20 minutes plus tôt. Il s’est excusé. Moi, j’ai juste souri !

3. La diplomatie opérationnelle. Une assistante RH relate :

Un collaborateur vient me voir, persuadé que sa demande urgente n’a pas été traitée. Il est tendu, presque agressif. J’aurais pu lui prouver en 10 secondes que tout avait été réalisé mais j’ai commencé par : “Tu as raison, on fait le point ensemble.” Résultat il s’est détendu. On a vérifié. Tout était en ordre. Il est reparti en me disant : “Merci pour ton aide” alors que je n’avais rien fait de plus que l’écouter.

Vous l’avez compris : dire Tu as raison”ne signifie pas que vous avez tort. Cela signifie que vous avez entendu, que vous avez interprété la situation, la personne, l’enjeu et que vous savez prioriser la relation plutôt que l’égo.

Ces trois mots absorbent les chocs et fluidifient les interactions. Vous savez où mettre votre énergie et ne pas la gaspiller. Vous avez la maturité de privilégier le mouvement plutôt que le blocage. Dans les bureaux, ce ne sont pas les grandes batailles qui font avancer, ce sont les micro-régulations quotidiennes, les ajustements diplomatiques invisibles, les tensions désamorcées avant même qu’elles n’existent. Les Tu as raison”permettent aux équipes de rester alignées, concentrées, performantes, de garder le cap et… de faire tourner la boutique.

Dire Tu as raison”, c’est aussi une forme de leadership silencieux. Certes c’est un leadership exclusivement relationnel, un leadership qui ne cherche pas la lumière mais l’efficacité collective et le résultat. Vous êtes la colonne vertébrale de la collaboration car, ce que vous réalisez chaque jour, c’est ça : créer les conditions pour que les autres puissent travailler sereinement. Personne ne le voit ni l’applaudit mais tout le monde en dépend et en bénéficie.

La variante ++

Avec cette variante, encore plus subtile : Tu as raison et voilà comment on peut avancervous reconnaissez, vous accueillez mais vous gardez la main sur la suite. C’est de l’assertivité pure, sans agressivité, sans justification excessive, sans bras de fer.

Dans votre vie de S.A.OM :

  • Un collègue arrive en trombe : “On n’a jamais les bons documents à temps !”
    Vous : “Tu as raison, c’est arrivé plusieurs fois. Regardons ensemble comment éviter ça.”
  • Un manager, un responsable : “On aurait dû anticiper !”
    Vous : “Tu as raison, l’anticipation nous aurait aidés. Pour la prochaine fois, je propose…”
  • Un client ou un adhérent mécontent : “C’est inadmissible d’attendre autant !”
    Vous : “Vous avez raison, cette attente est très désagréable. Je vais faire tout mon possible pour accélérer.”

Dans chaque cas, vous ne vous effacez pas : vous reconnaissez une réalité, vous montrez que vous êtes aligné·e, puis vous reprenez la main. C’est simple, mais redoutablement efficace.

Conclusion inspirante

Au fond, reconnaître à l’autre qu’il a raison, ce n’est pas s’effacer : c’est ouvrir la porte à une relation plus intelligente. Dans vos métiers où vous jonglez avec les urgences, les émotions et les égos, cette petite phrase devient un acte de maîtrise et c’est juste de l’humanité bien placée. Coluche aurait peut-être dit :“On ne perd jamais à être un peu plus humain”. Vous, secrétaires, assistantes et office managers, vous le prouvez chaque jour.

Alors oui, dire “Tu as raison peut sauver une réunion, un sombre lundi matin, un chef stressé, un collaborateur désabusé et même un collègue devant une imprimante capricieuse. Au fait, si un jour quelqu’un vous répond : “Tu as raison, profitez-en et savourez l’instant. C’est peut-être le seul moment de la journée où tout le monde sera d’accord. Coluche n’aurait pas renié ça : un peu de vérité, un peu de mauvaise foi… et beaucoup de paix sociale !

Dans un monde où tout le monde veut avoir raison, celui et celle qui sait reconnaître la raison de l’autre prend l’avantage : il/elle calme, il/elle recentre, il/elle avance. C’est ça, la vraie force : pas le volume sonore, pas le bras de fer, mais la maîtrise. Alors la prochaine fois que la tension monte, souvenez-vous : “Tu as raisonn’est pas une reddition… c’est une sacrément bonne stratégie.

Finalement, dans vos métiers, vous n’êtes pas là pour gagner des batailles mais pour éviter qu’elles commencent. Vous ne cherchez pas à avoir raison : vous cherchez à ce que tout fonctionne au mieux des intérêts de la collectivité. La phrase la plus puissante n’est pas celle qui claque… mais celle qui désamorce. Dire “Tu as raison, c’est un peu comme appuyer sur le bouton secret Paix que personne ne voit : celui qui calme, qui recentre, qui remet le monde à l’endroit. Les autres croient que c’est de la diplomatie, vous, vous savez que c’est de la maîtrise professionnelle. Et si Coluche voyait ça, il dirait sûrement : “Elles/Ils ne font pas que tenir la baraque. Elles/Ils la rendent vivable”.

Au fond, dire “Tu as raison, ce sont trois mots anodins qui changent tout. Ce n’est pas un renoncement ni une concession mais un acte de métier maîtrisé. L’acte de celles et ceux qui savent que la paix sociale ne tombe pas du ciel, qu’elle se construit, se négocie, se protège. Vous n’êtes pas seulement les gardiennes et gardiens du planning : vous êtes les architectes du climat de travail. Alors oui, parfois, un “Tu as raison vaut mieux qu’un long discours et si Coluche vous avait croisé en pleine action, il aurait sûrement lâché son célèbre sourire avant de dire : “Toi, au moins, tu sais faire tourner la boutique sans faire de bruit” !

Parce qu’une touche d’humour détend l’atmosphère et décrispe les situations tendues voici un imbroglio de mots signé par le maître des jeux de mots.

“On a toujours tort d’essayer d’avoir raison devant des gens qui ont toutes les bonnes raisons de croire qu’ils n’ont pas tort !”

– Raymond Devos

Tout est dit !

Josette Dubost
Membre fondateur, expert métier FFMAS

[Lire le dernier billet de Josette]

(*) Michel Colucci dit Coluche (1944-1986) en photo, est un humoriste, comédien et philanthrope français. Il est également le fondateur des Restos du Cœur. Issu d’un milieu défavorisé (« Je ne suis pas un nouveau riche, je suis un ancien pauvre »).