De la conscience individuelle à la reconnaissance collective

Revaloriser sans épuiser : un enjeu majeur pour les métiers de l’assistanat

La question de la reconnaissance des métiers de l’assistanat revient de manière cyclique. Elle ressurgit dans les périodes de transformation du travail, de crise organisationnelle ou de redéfinition des rôles. Pourtant, malgré des décennies d’engagement individuel et collectif, le sentiment dominant reste souvent le même : il faut encore prouver, encore expliquer, encore se battre.

Ce constat appelle une clarification essentielle : la reconnaissance collective ne peut pas reposer indéfiniment sur l’épuisement individuel.

Une valeur connue… puis oubliée

Les compétences des assistant(e)s ne sont ni nouvelles ni fragiles. Elles ont été :

  • démontrées sur le terrain,
  • adaptées à des environnements complexes,
  • affinées au fil des évolutions technologiques, humaines et organisationnelles.

Et pourtant, cette valeur a été régulièrement oubliée, parfois par les institutions, parfois par les organisations, et parfois — plus douloureusement — par les professionnel(le)s eux-mêmes.

Cette amnésie n’est pas un hasard. Elle est le résultat d’un système où :

  • l’efficacité silencieuse devient invisible,
  • la posture de service est confondue avec une absence de pouvoir,
  • les compétences relationnelles, organisationnelles et stratégiques sont perçues comme des “qualités naturelles” plutôt que comme une expertise construite.

Parler de revalorisation n’est donc pas excessif. C’est reconnaître qu’il y a eu perte de reconnaissance, non de valeur.

Quand la lutte devient solitaire

De nombreuses assistants se sont engagés — souvent bénévolement — pour faire évoluer l’image et la reconnaissance du métier :

  • création d’associations,
  • prises de parole,
  • structuration de réseaux,
  • élaboration de référentiels de compétences.

Mais ces dynamiques reposent fréquemment sur quelques personnalités fortes, très investies, parfois sur-sollicitées.

Deux dérives récurrentes apparaissent alors :

  1. L’épuisement : porter seul·e une cause collective conduit à l’usure, au découragement, puis au retrait.
  2. La fragilisation des structures : sans relève solide, sans gouvernance partagée, l’élan s’éteint dès que la personne motrice se retire.

La reconnaissance collective ne peut pas dépendre durablement de sacrifices individuels.

Le glissement de la reconnaissance vers le marché de la formation

Un autre phénomène mérite d’être nommé sans détour :

Faute de reconnaissance institutionnelle claire des compétences, certaines structures ont déplacé le combat vers la vente de formations, parfois :

  • insuffisamment reconnues,
  • portées par des personnes pas toujours qualifiées sur le fond,
  • ou utilisées comme levier de légitimité personnelle.

Ce glissement n’est pas toujours intentionnel. Il est souvent le symptôme d’un système qui ne reconnaît pas autrement.

Mais il produit un effet pervers :

  • la reconnaissance du métier est confondue avec l’accumulation de formations,
  • la valeur professionnelle devient individuelle et marchande,
  • le collectif s’efface au profit de trajectoires personnelles.

Ce n’était pas l’objectif initial. Et pourtant, c’est souvent l’issue.

De la prise de conscience individuelle à la reconnaissance collective

La prise de conscience individuelle est nécessaire. Elle permet à chaque assistant·e de :

  • nommer sa valeur,
  • sortir du “je ne fais que…”,
  • se positionner avec plus de justesse.

Mais elle est insuffisante si elle reste isolée.

La reconnaissance collective suppose un changement de paradigme :

  • passer de figures héroïques à des structures solides,
  • partager la charge symbolique et opérationnelle,
  • documenter les compétences plutôt que les incarner seul·es.

Cela implique :

  • des référentiels clairs,
  • une parole collective cohérente,
  • une transmission organisée,
  • et une gouvernance qui ne repose pas sur l’endurance d’une seule personne.

Revaloriser sans s’épuiser

Revaloriser les métiers de l’assistanat ne signifie pas :

  • se battre encore plus fort,
  • s’exposer davantage,
  • compenser seul·e les manques du système.

Cela signifie :

  • sortir de l’invisibilité structurelle,
  • transformer l’expérience individuelle en savoir collectif,
  • construire une reconnaissance qui survit aux personnes.

La revalorisation durable commence là où l’engagement cesse d’être sacrificiel.

En conclusion

Les assistant·es n’ont pas à prouver indéfiniment leur valeur.

Elle existe. Elle a existé. Elle a été démontrée.

L’enjeu aujourd’hui n’est plus de convaincre individuellement, mais de structurer collectivement.

Revaloriser, ce n’est pas repartir de zéro.

C’est refuser que chaque génération s’épuise à refaire le même combat.

Aurore Degoutin
Présidente nationale FFMAS
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